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DUPUY Giovanni
Membre du groupe Libertá o Morte

En médaillon Photo de Dupuy (BFS)

Nous reprenons la rédaction des biographies de chacun des 117 ex combattants italiens (anarchistes ou pas) dont le nom se trouve sur la liste « Libertá o Morte » du camp d’Argelès sur Mer, dressée par la police politique italienne le 8 août 1939.
Cela s’inscrit dans le cadre de notre collaboration à la base de données sur le camp de concentration d’Argelès-sur-Mer, réalisée par Grégory TUBAN, de Perpignan : http://www.memorial-argeles.eu/fr/Retour ligne automatique
https://www.memorial-argeles.eu/fr/1939/1939-2eme-periode-du-camp-avril-juin-1939/le-camp-des-brigadistes.html
Toutes les notices sont le fruit d’un travail de recherche en collaboration avec Tobia Imperato de Turin et Rolf Dupuy de Paris.
La traduction et la rédaction sont réalisées par Jackie, giménologue.

Les éléments biographiques de cet anarchiste nous permettent de mieux situer le groupe Libertà o morte dans le cadre d’un comité interne au camp d’Argelès, constitué pour gérer les fonds alloués par le CAPVP (Comitato Anarchico Pro Vittime Politiche).

DUPUY GIOVANNI

GIOVANNI DUPUY, fils de Pietro et Ristori Augusta, naît le 7 juin 1900 à Florence. Il exerce les métiers de livreur postal, commerçant et mécanicien. Il est anarchiste et connu sous plusieurs alias, Marcel Giovanni Gregori, Marcello Dupuis, Marcello Dupuy, Marcel Dupuis, et surnommé « Marcello ».
Il fréquente l’école primaire jusqu’en sixième, puis travaille à la Poste et sympathise avec le Parti socialiste italien. Appelé sous les drapeaux après la bataille de Caporetto, il est réformé 18 mois plus tard.
Dans l’après-guerre, il fait partie des animateurs de la Chambre du Travail de Florence, se faisant connaître comme l’un des organisateurs des manifestations syndicales. Il est licencié de la Poste en 1923 pour des raisons politiques.

A la fin de l’année, après un bref séjour à Milan, il émigre en France et s’installe à Marseille où il rejoint le mouvement anarchiste. Il se lie avec Giulio Bacconi, Sabatino Gambetti et Luca Bregliano (ce dernier était expatrié depuis quelques années), et mène d’intenses activités antifascistes, par exemple au sein du Pro Figli dei Carcerati Politici de Marseille entre mai 1925 et juillet 1928(1).
Au cours de l’été 1928, le consul italien de Marseille, Carlo Barduzzi, presse les autorités françaises d’expulser Dupuy, ainsi que les frères Chiarini, Giulio Bacconi, Angelo Ancillotti, Antonio Cherici et d’autres anarchistes, qu’il accuse - sans fondement - d’avoir reçu de Paris trois bombes à retardement pour commettre des attentats. Le 11 juillet 1928, Dupuy est fiché par la préfecture de Florence, qui souligne la mauvaise réputation dont il jouit « au pays » en raison des idées qu’il professe ouvertement. Considéré comme l’un des principaux représentants de l’anarchisme italien à Marseille, avec Giulio Bacconi, Dario Castellani(2) et les frères Gialluca, il est inscrit dans la Rubrica di frontiera et au Bollettino delle ricerche en vue de son arrestation.(3)

De 1931 à 1936, Dupuy vit à Grenoble, où - si l’on en croit les espions de l’OVRA- il collabore à l’hebdomadaire communiste Le Travailleur Alpin, et fréquente les anarchistes Ernesto Capannesi, Gusmano Mariani, Enzo Luigi Fantozzi, Alfredo Bonsignori et Francesco Barbieri.
Au début du mois d’août 1936, il franchit les Pyrénées et s’enrôle à Barcelone dans la section italienne de la colonne Ascaso de la CNT-FAI de Carlo Rosselli et Camillo Berneri, à dominante anarchiste, commandée par le républicain Mario Angeloni. Signalé le 19 août dans les tranchées du cimetière de Huesca, il combat au Monte Pelato le 28, puis il est blessé sans gravité à Tardienta le 5 novembre, avec les anarchistes Guglielmo Nannucci(4), Egidio Bernardini, Roberto Stanchi et d’autres. Il est transporté à l’hôpital de Lérida.

En février 1937, le frère de Giovanni, Matteo, communiste, résidant encore à Florence, est assigné à la réclusion pour cinq ans car, dans une lettre interceptée par l’OVRA, il demande à Giovanni de l’aider à rejoindre l’Espagne pour combattre avec lui et lutter « pour la liberté de toute une masse prolétarienne à laquelle on veut imposer l’esclavage » fasciste, et pour lui montrer « par des actes et non par des mots qui est ton petit frère et te faire voir que rien de cette saleté ne m’a attaqué en 14 ans ».(5)

Quant à Giovanni Dupuy, le 12 avril 1937, il est à nouveau blessé lors de l’offensive de Carrascal de Huesca.(6) Après la dissolution de la Colonne italienne, il incorpore le 500ème bataillon de la 125ème Brigade Mixte (28ème division du 21ème corps de l’Armée républicaine), commandée par Gregorio Jover Cortés, et stationnée à Huesca. Il en fait encore partie le 30 décembre lorsqu’il demande au ministère espagnol de la Défense de passer au service des transports des forces armées républicaines. On l’envoie au front de Teruel au début de l’année 1938, et il est blessé à plusieurs reprises au combat à Teruel et à Valence.

A la chute du front catalan, il rentre en France le 7 février 1939. Il est emprisonné dans l’effroyable camp d’Argelès-sur-Mer, où des dizaines de milliers d’internés sont exposés à toutes sortes de maladies (dont la lèpre), et même contraints de manger des roseaux des marais.
Dans le camp, des libertaires créent un comité interne au camp pour gérer les fonds alloués par le CAPVP (Comitato Anarchico Pro Vittime Politiche) :
« À la tête de ce comité interne, il n’est pas surprenant de retrouver Giovanni Dupuy et Dario Castellani qui ont déjà une expérience au sein de comités. Ils ont tout deux été très actifs au sein du Pro Figli dei Carcerati Politici de Marseille entre mai 1925 et juillet 1928. Les autres membres sont Ferdinando Franchi, Settimo Guerrieri, Enrico Borgo et Cesare Ragni. Les documents du comité sont signés de la main de Dupuy, tandis que Castellani et un militant dont le nom est illisible, ont été nommés pour contrôler les comptes et les approuver ».(7)

Ces documents sont transmis par Louis Montgon à Pio Turroni. Une liste dactylographiée transmise à ce dernier en mars 1939 comportait cent-dix noms de compagnons internés à Argelès qui bénéficiaient du secours du comité. Une liste quasiment identique fournie par un espion de l’OVRA au ministère de l’Intérieur recense les membres du groupe libertaire Libertà o Morte.
Giovanni Dupuy est ensuite interné au camp de Gurs. Il s’en évade en avril 1939 et s’installe à Marseille sous le nom de Marcel Giovanni Gregori. Il est signalé à Perpignan en mai, puis il s’installe à Grenoble. Après l’invasion nazie, il combat dans le Maquis de cette région.
Après la guerre, il retourne à Florence, et milite dans le mouvement anarchiste de la ville tout en renouant avec les socialistes. Il meurt le 10 avril 1979 à Florence.

Notes :
1 FRANÇOISE FONTANELLI MOREL, Pio Turroni et le mouvement anarchiste italien en exil entre les deux-guerres.De l’engagement individuel à la mobilisation collective, p.300-301.
2 Voir sa notice biographique : http://gimenologues.org/spip.php?article943
3 ENRICO ACCIAI, Viaggio attraverso l’antifascismo. Volontariato internazionale e guerra civile spagnola : laSezione Italiana della Colonna Ascaso, p.197.
4 Membre du groupe Libertà o morte
5 https://www.radiomaremmarossa.it/altri-sovversivi/giovanni-dupuy/
6 I nostri caduti, Il Risveglio Anarchico, a. XXXV, n. 975, 12/6/1937, Ginevra.
7 FRANÇOISE FONTANELLI MOREL, Pio Turroni et le mouvement anarchiste italien en exil entre les deux-guerres.Compte- rendu financier du Comité interne du camp de concentration d’Argelès - sur - Mer entre le 10 février et le 30 mars1939, p. 490.

Dupuy Giovanni selon l’espion stalinien Pavanin
"786-) DUPUIS Marchel Giovanni ; Capitaine autoproclamé
Il s’agit d’un élément anarchiste qui, pendant la courte période d’environ un mois où il a été contrôlé par notre organisation, s’est comporté de manière indigne d’un antifasciste honnête : contre la discipline et calomniant les dirigeants des Brigades Internationales. Propagande anarchiste nuisible contre le gouvernement Negrin. Conclusion : pendant le mois de juillet 1939 Dupuis a fait partie de la neuvième compagnie du camp de concentration de Gurs en France. Les déclarations qu’il a faites sur ses activités en Espagne ne doivent pas être considérées comme vraies.
Pavanin. 23-3-1940".
https://sovdoc.rusarchives.ru/Final_s/KOMINT00878/DIR0015/IMG0066.JPG
https://sovdoc.rusarchives.ru/Final_s/KOMINT00878/DIR0015/IMG0067.JPG

Sources :

https://www.bfscollezionidigitali.org/entita/14170-dupuy-giovanni?i=0
http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=1922
http://militants-anarchistes.info/spip.php?article5064
http://gestionale.isgrec.it/sito_spagna/ita/all_ita_details.asp?offset=120&id=2499

 I nostri eroi, Il Risveglio Anarchico, a. XXXV, n. 972, 1/5/1937, Ginevra.
 Caduti nella battaglia del 7 aprile presso Huesca, L’Adunata dei Refrattari, a. XVI, n. 19, 15/5/1937, New York.
 I nostri caduti, Il Risveglio Anarchico, a. XXXV, n. 975, 12/6/1937, Ginevra.
 Gli scampati, Il Risveglio Anarchico, a. XXXIX, n. 1015, 21/2/1939, Ginevra.
 Giacomo Calandrone, La Spagna brucia. Cronache garibaldine, Editori Riuniti, Roma, 1974. (Dupuis)
 Alvaro López, a cura di, Dalla Spagna alla resistenza in Europa in Italia ai campi di sterminio, AICVAS, Quaderno n. 3, Roma, 1983.
 Gino Cerrito, L’emigrazione libertaria in Francia nel ventennio fra le due guerre, in Bruno Bezza, a cura di, Gli italiani fuori d’Italia. Gli emigrati italiani nei paesi d’adozione (1880-1940), Fondazione Brodolini - Angeli, Milano, 1983.
 Alvaro López, a cura di, La Colonna Italiana, AICVAS, Quaderno n. 5, Roma, 1985.
 Marco Rossi, “avanti siam ribelli…” Appunti per una storia del Movimento Anarchico nella Resistenza, Amministrazione Provinciale di Pisa, 1985.
 Emilio Canzi, La battaglia di Almudévar, Studi Piacentini, Piacenza, n. 1, 1987.
 Adriano Dal Pont, coordinatore, Antifascisti nel Casellario Politico Centrale, ANPPIA, Roma, Vol. VII, 1991.
 La Spagna nel nostro cuore 1936-1939. Tre anni di storia da non dimenticare, AICVAS, Roma, 1996.
 Enrico Acciai, Viaggio attraverso l’antifascismo. Volontariato internazionale e guerra civile spagnola : la Sezione Italiana della Colonna Ascaso, Tesi di dottorato di ricerca, Università degli Studi della Tuscia (rel. Leonardo Rapone), s. d, 2010.
 Ilaria Cansella, Percorsi di lotta. Antifascisti toscani nella guerra civile spagnola, in Ead.,
 Francesco Cecchetti, a cura di, Volontari antifascisti toscani nella guerra civile spagnola, ISGREC Istituto Storico Grossetano della Resistenza e dell’Età Contemporanea - Effegi, Grosseto, 2012.
 Ilaria Cansella, Francesco Cecchetti, a cura di, Volontari antifascisti toscani nella guerra civile spagnola. Le biografie (CD), ISGREC Istituto Storico Grossetano della Resistenza e dell’Età Contemporanea - Effegi, Grosseto, 201, p.171.
 Enrico Acciai, Antifascismo volontariato e guerra civile in Spagna. La sezione italiana della Colonna Ascaso, Unicopli, Milano, 2015.
 Françoise Fontanelli Morel, Pio Turroni et le mouvement anarchiste italien en exil entre les deux-guerres. De l’engagement individuel à la mobilisation collective,
Tesi di dottorato di ricerca, Università degli Studi della Tuscia - Université d’Aix-Marseille (rel. Gabriella Ciampi), 2016.
 Costantino Cavalleri, L’anarchico di Barrali. (quasi) 100 anni di storia per l’anarchia. Biografia di Tommaso Serra detto “il Barba” Juan Fernandez Pinna Joseph Tomy Casella…, 1900-1985, Editziones Arkiviu-Bibrioteka Tommaso Serra, Guasila (CA), 2016 (Dupimp).


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