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Les Gimenologues
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Le Monde Libertaire mai 2024
Les circonstances de la mort de Durruti
Deuxième article

Suite de l’article paru en deux partie dans le ML de février et de mars 2024 :
http://gimenologues.org/spip.php?article1091

Petit retour sur les circonstances de la mort de Durruti

Daniel Pinós a eu la bonne idée de traduire en français l’intégralité de l’interview1 que la compagne de Buenaventura Durruti, Emilienne Morin, avait donné à deux journalistes espagnols venus la rencontrer en 1977 à Quimper, où elle résidait avec sa fille Colette.
Pedro Costa2 Muste et Luis Artime ont réalisé cet entretien, publié dans la revue espagnole Interviu du 12 mai 1977. Le titre original "Por la primera vez habla la viuda de Durruti. El amor y la lucha de un anarquista. Nunca crei que su muerte fue accidental »3 était volontairement accrocheur dans le style des revues de l’époque mêlant politique, histoire, sexualité et faits divers.
Un groupe d’historiens aficionados, les Giménologues, avait publié la version espagnole de ce document en 2014 sous le titre « Quelque chose de plus sur la mort de Durruti »4, augmenté d’un commentaire de Luis Artime - avec lequel nous correspondons toujours - qui explique dans quelles conditions ils rendirent visite en 1977 à Emilienne et Colette en Bretagne.

A l’époque, cette revue était surtout connue dans les milieux de l’émigration libertaire espagnole en exil ; mais cette interview fit sensation dans une Espagne sortie depuis peu de la dictature de Franco, où la transition dite démocratique était en marche, et où le mouvement libertaire resurgissait avec force. Toutefois les piliers du régime franquiste tenaient encore les rênes du pouvoir. Ils intensifiaient la répression et les provocations policières contre la CNT et les groupes anarchistes qui dénonçaient le pacte de la Moncloa. On se souviendra de l’incrimination de la CNT suite à l’incendie de la salle des fêtes de la Scala de Barcelone, le 15 janvier 1978 – attentat en réalité perpétré par un infiltré travaillant pour la police5.

Trop longtemps accaparée par la propagande communiste qui avait seule droit de cité, l’histoire de la révolution espagnole intéressait un large public, allant du simple curieux aux jeunes militants avides de redécouvrir le rôle joué par la CNT-FAI en 1936, et, dans une moindre mesure, celui du POUM. 
En 1976, Les éditions Ruedo Iberico avaient publié les mémoires de militants destacados du mouvement libertaire tels Juan García Oliver et Cipriano Mera, signe d’un retour approfondi sur la guerre civile, où une ébauche de révolution sociale fut liquidée par le PCE au nom d’impératifs militaires – avec, il faut bien le dire, la complicité des instances supérieures de la CNT adeptes du gouvernementalisme.
C’est dans ce contexte que la figure de Durruti, disparu le 20 novembre 1936 sur le front de Madrid, resurgit au grand jour, et avec elle les conditions de sa mort, non élucidées encore malgré – et à cause – des multiples versions, officielles ou pas, qui ont circulé.

Au fil du temps, le travail de recherche s’est poursuivi autour de Durruti et de la colonne qui portait son nom, partis combattre en Aragon le 24 juillet 1936. À travers maints ouvrages et articles, les Giménologues ont entrepris de faire connaître l’histoire du Groupe International de la colonne Durruti, à travers le récit de Bruno Salvadori (alias Antoine Gimenez)6.

Un autre travail d’investigation a été entrepris par l’auteur de ces lignes. Avec l’aide et le soutien actif des Giménologues, nous tentons d’examiner en profondeur les circonstances de la venue de Durruti à Madrid en novembre 1936. Dans la bataille décisive qui s’annonçait, lui et ses miliciens se retrouvèrent placés dans le secteur le plus exposé du front. Des centaines d’hommes tombèrent, et Buenaventura fut tué six jours après son arrivée par une balle dont l’origine n’est toujours pas établie.

On peut consulter sur le site des Giménologues, dans la rubrique "Discussion sur les causes et la nature de la révolution espagnole", de nombreux articles consacrés à la mort de Durruti7. Et notamment les trois dernières publications, dont la première renvoie à un texte intitulé : Nouvelles investigations sur la mort de Durruti et les circonstances de sa venue à Madrid. Il date de 2019, et il est en cours de réactualisation8.
Le second texte s’intitule "La Colonia Metropolitana. Reconstitution de l’itinéraire suivi par Durruti le 19 novembre 36 sur le front de Madrid"9.
Le troisième renvoie à un épisode relaté par Cipriano Mera. Il s’intitule "L’autre balle qui faillit tuer Buenaventura Durruti et Cipriano Mera le 19 novembre sur le front de Madrid"10.

L’ensemble de ces recherches aboutira prochainement à la publication d’un ouvrage, ce dont nous vous tiendrons informés.

Juan Heredia
27 Avril 2024.

Notes :
1 Paru en deux parties dans le Monde Libertaire de février et de mars 2024.
2 Et non pas Pedro Cuesta : erratum de la version française de l’entretien parue dans le ML.
3 La veuve de Durruti parle pour la première fois. L’amour et la lutte d’un anarchiste. « Jamais je n’ai cru que sa mort fut accidentelle ».
4 http://gimenologues.org/spip.php?article612
5 http://gimenologues.org/spip.php?article959
6 http://gimenologues.org/spip.php?rubrique24
7 http://gimenologues.org/spip.php?rubrique60
8 http://gimenologues.org/spip.php?article861
9 http://gimenologues.org/spip.php?article923
10 http://gimenologues.org/spip.php?article1093

Documents joints :

Première page de l’article "Como asesinaron a Durruti", avec le témoignage d’Antonio Bonilla Albaladejo, membre du comité de guerre de la colonne Durruti, publié dans la revue Posible des 22-28 juillet 1976. En juin 1977, Pedro Costa s’entretiendra avec Bonilla.
Première page de l’article "Quien mató a Durruti ?" signé de Joan Llarch, publié dans la revue Primera Plana les 17-23 novembre 1977. Cet auteur avait déjà publié un livre sur le sujet en 1973.