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Isidro BENET
mercredi 14 juillet 2010

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Le parcours d’Isidro Benet, membre du groupe international
de la colonne Durruti, par lui-même [1]

Isidro à l’âge de 20 ans, quand il était dans la colonne Durruti


Notice bilingue réalisée à partir d’entretiens téléphoniques, d’échanges de courriers électroniques depuis octobre 2009, et de conversations directes à Perdiguera en mai 2010 avec Isidro et sa famille.
Nous fûmes chaleureusement accueillis dans ce village par Costán et son oncle Mariano, et par Pepe qui nous aide pour la version castillane.

Isidro Benet fêtera ses 94 ans cet été. Il est né à Barcelone dans le quartier de Poble Nou le 15 août 1916.
Il passa son enfance dans le quartier de Les Corts, place de la Concordia.
Sa mère était couturière et touchait un bon salaire.
« Avec elle j’ai appris à coudre et pendant la guerre je cousais mes vêtements, jusqu’à aujourd’hui. Ma mère est morte jeune, quand j’avais 14 ans ».

Dans sa jeunesse on surnommait Isidro « cuatro pelas » [quatre pesetas] parce qu’il s’était acheté une bicyclette à 14 ans avec 4 pesetas en entrée, et il la payait petit à petit en travaillant.
L’école était gratuite à Barcelone pour les gosses jusqu’à l’âge de 14 ans. Isidro fut ensuite apprenti électricien et à 16 ans il exerça le métier. Il travailla dans la province de Huesca jusqu’en 1936 : il montait des petites centrales sur des chutes d’eau et réalisait des installations électriques pour les maisons des villages. L’installation de base consistait en un seul point de lumière avec un long câble qui allait dans chaque maison du village : pour cela on l’appelait « l’étoile ».

Isidro était affilié à la CNT.

Course cycliste Villafranca de Penedes – Barcelona en 1935. Isidro est en tête


« Je vivais près du camp de football de Barcelone, j’étais très sportif. Je fus coureur cycliste amateur affilié au Club cycliste avec d’autres jeunes du quartier de Les Corts : Salvador Frasquet – « El Fresco » – et Félix Bonells.
Dans l’hémérothèque online du journal El mundo deportivo et dans La Vanguardia, on trouve les résultats des compétitions cyclistes de 1934 et 1935 ».

Isidro décrit ainsi l’atmosphère à Barcelone dans les derniers jours de juillet 1936 :

« J’étais en train de me préparer pour aller au travail quand mon père qui était encore à la maison (fait inhabituel) me dit : “Isidro, aujourd’hui ne va pas travailler, et n’entre pas dans Barcelone. Je reviens de la place de Catalunya où nous avons passé la nuit à nous battre contre les phalangistes et les requetés. Ils ne vont pas tarder à se rendre car ils sont dans l’hôtel Colón, encerclés”.

Je fis ainsi et pris mon déjeuner pour aller m’asseoir sur un banc de la place [quartier de Les Corts, place de la Concordia], quand soudain le curé sortit en courant de l’église, passa entre nos jambes et sonna à la porte de la maison de la Mamerris (surnom d’une femme très âgée et très bigote). Ledit curé passa toute la guerre dans ce domicile ; tout le monde le savait et personne ne le molesta parce qu’il était vieux et paraissait être une bonne personne. Quand la guerre se termina ils accusèrent mon frère de l’avoir tué, et le condamnèrent à mort. Mon père apprit que le curé était vivant et lui demanda de se présenter et de sauver son fils. Mais le curé répondit : “ S’il ne m’a pas tué moi, il en aura tué d’autres ! ” Alors mon père dut présenter des témoins attestant de la bonne santé du curé et de sa présence dans la même paroisse, sans que ce dernier ne vienne lui-même. De ce fait mon frère resta en prison condamné pour des années.

Continuant mon déjeuner, apparut une voiture avec cinq ou six hommes armés ; ils s’arrêtèrent en face de l’église où ils entrèrent en criant. Ils en sortirent des images pieuses, des chaises, des bancs, des tableaux etc. Ils en firent un tas et y mirent le feu, puis ils repartirent. Peu de temps après une autre voiture et d’autres hommes firent la même chose en rajoutant quantité de papiers au feu. Mon ami Salvador Fresquet arriva et nous montra son pistolet Astra et un fusil sans munitions. Il me donna le fusil et j’allai tout de suite le cacher au bas de l’escalier de ma maison pour éviter que mon père ne m’engueule. Des amis arrivèrent avec une voiture réquisitionnée à l’instar de ce que faisait tout le monde : il suffisait d’entrer dans un garage, prendre la voiture et de l’essence au distributeur. J’ai commencé à conduire par à- coups parce que j’étais tout le temps en première, jusqu’à ce qu’un autre m’explique le fonctionnement des vitesses ; et nous partîmes faire des virées vers le Tibidabo, ce qui fait qu’au matin suivant je conduisais déjà comme un chevronné.

Je n’en dis pas plus des tours pendables que nous avons commis mais nous fîmes quand même quelque chose de bien. Toujours sur notre place se présentèrent à nous deux hommes, pistolet à la ceinture, qui voulaient nous parler. Dans notre quartier il y avait le couvent des sœurs de la Merced ; elles avaient déjà été évacuées y compris les malades et invalides, mais ils manquaient de moyens pour les ramener toutes dans leurs familles ou connaissances. Nous acceptâmes d’en emmener deux à Vendrell avec notre voiture. J’écris tout cela parce qu’après la guerre, on accusa des miliciens de la FAI d’avoir violé et assassiné ces religieuses : elles auraient dû le démentir, et si l’une d’entre elles vit encore, elle devrait le faire. Après cela nous nous présentâmes dans les bâtiments de ces affiliés et leur remîmes notre voiture.

Nous écoutions à la radio les appels au volontariat pour aller dans les colonnes et nous décidâmes d’aller à la guerre !
Début août, les trois amis cyclistes et inséparables que nous étions allèrent à la caserne de cavalerie de Poble Nou (à défaut d’aller au front à bicyclette, nous espérions y partir à cheval…). Mais un bateau plein de miliciens était déjà parti pour Majorque (et beaucoup moururent dans ce qui fut une déroute). La caserne était vide de gens et de chevaux ; des ouvriers nous dirent que les gitans avaient embarqué tous les chevaux.
Ensuite, nous nous rendîmes dans une autre caserne inaugurée récemment. Il y avait une queue énorme de volontaires, mais au bout de plusieurs heures nous pûmes nous engager. Ils nous donnèrent un fusil et des munitions (cinq cartouches seulement) et un “mono” kaki. El Fresco, qui était plus grand, reçut un fusil plus long. Un gars me dit : “ Tu sais te servir d’un fusil ? ” et il m’expliqua tout.

Puis nous défilâmes sur la Diagonal, deux par deux en chantant toujours la même chose : “FAI-CNT-UHP” Nous traversâmes tout Barcelone en direction de la gare située près de l’Arc de triomphe. Il y avait déjà un train formé bourré de miliciens et nous trouvâmes à nous caser près des fenêtres. Auparavant dans la rue, en passant près de notre quartier, nous vîmes des filles connues et inconnues. Quand le train partit il y eut un grand vacarme et ce fut la même chose dans toutes les gares jusqu’à Lérida. C’était plaisant de voir des personnes âgées nous saluer avec effusion mais surtout de voir les filles défiler devant les fenêtres qui, en faisant leur choix, nous donnaient des petits papiers avec les noms et les adresses de marraines de guerre.

Jamais ma mère ne m’aurait laissé m’engager…

Nous partîmes donc avec la colonne Durruti début août 1936, en train jusqu’à Lérida et ensuite en camions jusqu’à Bujaraloz. Nous arrivâmes de nuit et dormîmes sur le trottoir de la rue principale.

On se coupa les cheveux comme les Indiens, et deux jours passèrent sans instruction militaire.
Plus tard au front, nous avons lu dans un journal un article sur “ Les jeunes cyclistes dans la colonne Durruti ”.

J’ai intégré le Groupe international [GI], toujours avec mes deux amis, après la prise de Siétamo. Il y avait 14 ou 15 Espagnols dans le GI, 7 ou 8 Catalans et un Aragonais qui chantait des jotas. »

Isidro est revenu plusieurs fois (en 1984, 1990, 2005, 2008, 2010) à Pina, Farlete, Siétamo et Perdiguera, et aussi dans ses villages d’Aragon où il avait été le lucero (« l’étoile »), comme à Alquézar.

Isidro et Carmen à Alquézar en 2008


Dans le prochain article, nous allons voir comment les trois jeunes Isidro Benet « cuatro pelas », Salvador Frasquet « El Fresco » et Félix Bonells intervinrent durant la bataille de Siétamo en septembre 1936.

Les Giménologues, 15 juillet 2010.

 
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