Les Gimenologues

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Appel aux travailleurs marocains

lundi 25 octobre 2010


Texte radiodiffusé par la radio CNT-FAI à Barcelone le 28 octobre 1936.
Traduit et publié par L’Espagne Antifasciste dans son numéro 16 en date du 31 octobre 1936 [1] .

Ce texte intervient au moment où les troupes marocaines débarquent en Aragon pour servir de chair à canon.

On pouvait aussi lire dans La Vanguardia de Barcelone du 23 octobre 1936 le texte d’une allocution prononcée par le colonel Villalba depuis Tardienta, s’adressant aux troupes maures concentrées sur Almudevar :

« Musulmans de la Mehal-la de Tetouan, mes vieux askaris. Je vois avec peine les cadavres de vos frères abandonnés près de nos lignes. Pensez à eux et à votre triste situation et renoncez à votre rébellion contre le pouvoir unique de la république représenté par le peuple. Si vous agissez ainsi, je vous garantis le respect absolu de vos vies. Vous savez que je tiens toujours ma parole. Je vous renverrai chez vous. Ou, si vous préférez, vous deviendrez à nouveau les soldats de votre ancien capitaine Villalba (devenu ensuite colonel de la Mehalla). Musulmans, vous vous sacrifiez pour des chrétiens qui ont détruit vos mosquées et qui vous utilisent à nouveau comme esclaves. Désertez de vos lignes où vous ne trouverez que mort et défaite ! Vous savez bien qu’il vous est impossible de me combattre et encore moins en ce moment quand le peuple espagnol est avec nous et contre vous. Qu’Allah vous montre le chemin de la raison et de la paix ! ».

(Traduction des Giménologues)

Grâce au travail accompli par Abel Paz et publié en espagnol dans « La question du Maroc et la république espagnole » [2], on sait que dès l’été 1936 des négociations étaient engagée à Barcelone entre le Comité des Milices Antifascistes et des représentants du Comité d’Action Marocain. Ce dernier espérait obtenir la promesse de l’Indépendance du Rif (sous protectorat espagnol) en échange du harcèlement des troupes franquistes jusqu’au soulèvement du Maroc contre Franco. Des militants français y prirent part comme Pierre Besnard, David Rousset, Jean Rous et Robert Louzon. L’accord devait être signé le 20 septembre 1936, mais les négociations échouèrent du fait du gouvernement républicain qui subissait la pression du gouvernement socialiste français, lequel n’avait qu’une peur : que l’indépendance octroyée aux habitants du Rif se propage à tout le Maroc.

Nous n’avons quasiment aucun élément sur des désertions ou des révoltes de soldats marocains engagés en Espagne, mais un court document trouvé aux archives de l’IISG d’Amsterdam (63 D 155) en provenance de Tanger et en date du 8 décembre 1938 indique que des troubles s’étaient produits en zone espagnole du fait de la colère de 3000 regulares en permission (pour certains c’était la première depuis 1936) pour le ramadan. Beaucoup de familles apprenaient à ce moment la mort ou la disparition d’un familier, l’étendue des pertes marocaines, l’horreur de cette guerre. Des soldats partirent rejoindre leurs bleds et désertèrent. En représailles, l400 soldats récalcitrants furent bloqués sur place ou renvoyés de manière anticipée sur le front de l’Ebre. Toutes les permissions furent supprimées. Nous n’en savons pas plus.

Les Giménologues, le 23 octobre 2010.

Notes

[1] Dans la même page on peut lire sous le titre « ça commence » un article sur les persécutions de juifs à Majorque à partir du témoignage d’un habitant de Palma de Majorque qui avait pu s’échapper des Baléares.

[2] Fondation Anselmo Lorenzo, Madrid 2000


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