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« Femmes en guerre » Projet d’encyclopédie des femmes dans la Guerre Civile

Des éléments sur PEPITA LAGUARDA BATET

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Article de David Barreira @davidbr94 paru dans le journal El Español le 4 mai 2019
https://www.elespanol.com/cultura/historia/20190504/pepita-miliciana-anos-enciclopedia-mujeres-guerra-civil/395711413_0.html

Avec Pepita, milicienne de 17 ans, plus de 4000 femmes sont citées dans « l’encyclopédie des femmes dans la Guerre Civile » en cours de réalisation grâce à l’historien Gonzalo Berger et à la productrice Tània Balló qui cherchent à identifier toutes les femmes combattantes.

Quelques jours après l’éclatement de la Guerre Civile, Pepita Laguarda Batet, une jeune fille de 17 ans d’Hospitalet de Llobregat, travaillait dans les hôpitaux du quartier de Sarrià. Elle apprit que dans la caserne de Pedralbes on recrutait des miliciens pour affronter les factieux. Dans un élan de courage absurde pour son âge, elle décida de s’enrôler comme volontaire.
« Si tu pars, je vais avec toi », lui dit son fiancé, Juan López Carvajal [1], un militant anarco-syndicaliste de 22 ans, affilié au syndicat des Arts Graphiques, quand il apprit ses intentions. Ensemble ils intégrèrent la 5ème centurie de la colonne Ascaso, et ils furent envoyés dans les tranchées d’Aragon.
Après avoir échappé à une attaque de l’artillerie franquiste, le couple et le reste des camarades arrivèrent au village de Vicién fin août 1936, où les forces républicaines préparaient une offensive sur la ville de Huesca. Pepita, qui travaillait avant la guerre dans une poissonnerie de la rue Creu Coberta de Barcelone, empoigna le fusil sans crainte, prête à se placer à l’avant-garde des attaques.
Au front, Juan tomba malade à cause d’une infection intestinale, et resta indisponible pour toute opération immédiate. Pepita le visita à l’infirmerie dans la nuit du 30 août et l’informa de son intention de se joindre à l’un des blindés qui participeraient à l’attaque de Huesca. L’offensive fut non seulement infructueuse pour les volontaires anarchistes mais aussi meurtrière pour beaucoup d’entre eux, et pour la jeune fille de 17 ans : Pepita prit une balle dans le dos aux alentours de 5h du matin le 1er septembre. Sa douleur, cependant, jaillissait du ventre. Ses camarades la transportèrent à l’hôpital de Grañen, à quelques kilomètres de Huesca, mais elle avait perdu beaucoup de sang pendant le trajet. Apprenant que sa compagne était blessée Juan López se proposa rapidement pour réaliser une transfusion. C’était déjà trop tard : alors que les médecins se préparaient à lui faire la transfusion sanguine, Pepita décédait.
Comme écrit sur une carte postale publiée par la CNT avec son portrait : « Elle est tombée pour toujours pour défendre la liberté et contre le fascisme, le 1er septembre 1936 aux portes de Huesca ».
Quelques jours plus tard, le journal anarco-syndicaliste Solidaridad Obrera se faisait l’écho de la mort de Pepita, « la jeune fille qui a offert généreusement sa jeunesse – et nous pourrions dire son enfance – pour la sacro sainte cause du prolétariat ». Dans une nécrologie à forte charge propagandiste, on applaudissait la détermination de la fille à s’enrôler dans les milices « contre la volonté de sa famille ». « Notre camarade était une fille extrêmement courageuse. Elle tenait le fusil avec la même souplesse et la même détermination que le milicien le plus chevronné. Lorsque l’ordre était donné de se rendre sur les lignes de front, elle était toujours prête et elle occupait les endroits les plus dangereux », disait-on d’elle.
L’histoire de Pepita Laguarda illustre ces idéalismes brisés pendant la Guerre Civile. Ce n’est pas seulement son jeune âge qui nous interpelle mais cette audace à se lancer dans les tranchées, en première ligne, où elle perdra la vie entourée d’hommes.

On sait peu de choses de ces femmes qui ont combattu des deux côtés du front, qui ont préféré prendre un fusil et lutter pour l’Espagne en laquelle elles croyaient au lieu de rester à l’arrière. Devant cet aspect de la guerre si peu étudié, l’historien Gonzalo Berger et la productrice Tània tentent de recenser et d’identifier avec le maximum de précision historique toutes les femmes qui ont combattu dans le camp républicain, comme dans celui des insurgés – ils se sont d’abord centrés sur le premier. À partir de documents recueillis dans les archives publiques et familiales, ils s’intéressent aussi aux femmes qui n’ont pas eu un rôle aussi direct dans les affrontements, mais qui ont été essentielles : des infirmières, des volontaires dans les services sociaux, des ouvrières dans les usines de munitions, etc.
Il s’agit d’élaborer une sorte d’encyclopédie où l’on puisse consulter des données biographiques recueillies sur ces filles et ces femmes : anarchistes, ouvrières, bourgeoises… voire même intellectuelles. La Guerre Civile au-delà de la Pasionaria, de Pilar Primo de Rivera, de María Zambrano… et autres personnages féminins archi-connus.

« L’objectif est de rendre visible et de restituer le discours de la femme combattante dans la Guerre Civile », explique Gonzalo Berger, docteur en Histoire à L’université de Barcelone. Après deux ans de travail, ils ont identifié plus de 4000 femmes, dont une soixantaine a péri au front. « Le projet comprend deux phases : une quantitative, qui consiste à enregistrer le plus grand nombre de combattantes ; et l’autre qualitative, qui essaie de reconstruire leur vie et leur profil sociologique : ce qu’elles lisaient, quelle était leur affiliation politique, si elles étaient ou non mariées… », précise l’historien, qui est aidé par d’autres chercheurs.
L’autre objectif est de rompre le silence qu’elles-mêmes imposèrent sur leur rôle dans le conflit. « La femme combattante était mal vue », ajoute Berger. « Leurs familles ne les autorisaient pas à aller se battre ; et tandis que l’homme se vante, la femme se tait. C’est pour cela qu’une étude au niveau quantitatif est nécessaire, qui suscitera d’autres investigations. Ce furent des femmes qui ont rompu le cadre social des années 30 ». Et il cite comme exemple le cas de deux femmes devenues commandantes dans les Brigades Internationales.

– Quel est votre plus grand problème actuel concernant ce projet ?
« Nous manquons de financement », déplore Berger.
Il leur faut encore réaliser la partie la plus technique : créer la base de données, et à partir de là élaborer une page web avec toute la documentation sur les femmes combattantes. Ainsi tout un chacun pourra consulter leurs biographies.

[1] Voir l’article sur Juan López Carvajal : http://gimenologues.org/spip.php?article829 [Note des Giménologues].


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