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Recension du volume III des Chemins du communisme libertaire
par François Roux

Article paru dans le Bulletin "A Contretemps"

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Cet article recense l’ouvrage et propose une discussion des thèses de l’auteur

Début de la recension

Guerre et révolution en Espagne

L’aboutissement d’un long cheminement.

Myrtille consigne la mémoire de l’anarchisme espagnol depuis deux décennies : avec les « Giménologues » sur les traces de Bruno Salvadori, dit Antoine Gimenez, volontaire de la colonne Durruti, une quête qui a donné le monumental Les fils de la Nuit* , puis à la recherche des rescapés du front d’Aragon et de leurs enfants - A Zaragoza o al charco ! Aragon 1936-1938** - en passant par l’édition des souvenirs de Jordi Gonzalbo , son père, militant de la Fédération ibérique des jeunesses libertaires (FIJL) en exil de 1960 à 1975***, pour finir (provisoirement ?) par une vaste rétrospective, Les chemins du communisme libertaire en Espagne, 1868 - 1937, une trilogie qu’elle signe seule et dont je recense ici le troisième et dernier volume.

Les tomes I et II des Chemins expliquaient pourquoi la spécificité socio-économico-culturelle de l’Espagne avait fait du mouvement ouvrier de ce pays le seul à continuer de suivre majoritairement dans les années 1930 la voie de Bakounine plutôt que celle de Marx : une petite oligarchie d’aristocrates et de grands bourgeois capitalistes, une classe moyenne étique, un prolétariat urbain fraîchement déraciné, des masses paysannes (45% des actifs) vivant comme au Moyen Âge et un sous-prolétariat indigent estimé à 30% de la population ; une croissance démographique parmi les plus fortes d’Europe et un niveau de vie parmi les plus bas ; une économie peu productive, essentiellement rurale à l’exception de quelques filières industrielles, surtout en Catalogne ; enfin une société cadenassée par un catholicisme de combat et encadrée par un clergé omniprésent.
Les deux livres retraçaient les controverses qui opposèrent au temps de la FRE les anarcho-collectivistes aux anarcho-communistes, puis les syndicalistes « industrialistes » aux « communalistes » au sein de la CNT, jusqu’au Congrès de Saragosse de mai 36 où fut adoptée la motion sur « la conception confédérale du communisme libertaire » qui semblait clore le débat en faveur des seconds. Après en avoir relevé les lacunes, Myrtille soulignait l’hostilité que cette résolution avait soulevée parmi les dirigeants de la Confédération à la veille d’un affrontement prévisible avec les fascistes.

L’objectif principal de ces volumes était d’analyser les implications du communisme libertaire en tant qu’alternative au capitalisme : l’application de l’adage « à chacun selon ses besoins » des communalistes (par opposition au « à chacun selon son travail » des syndicalistes), la socialisation de tous les biens (tout est à tous), la disparition de l’argent, celle du travail en tant que valeur, l’abolition de l’État devenu inutile dans une société auto-disciplinée, le tout sans période de transition, sous peine de laisser le capitalisme continuer de pervertir les rapports sociaux… Si ces fondements du communisme libertaire avaient déjà été formulés de façon plus ou moins aboutie par Cabet, Fourier ou Marx, jamais ils n’avaient été mis en pratique. Ce sont les prolétaires espagnols, pauvres et souvent analphabètes (44% de la population en 1930), qui l’ont fait, brièvement, incomplètement, mais dans un grand élan enthousiaste, malgré la guerre civile et les coups bas venus du camp républicain. L’hostilité des partis bourgeois et des staliniens à une révolution sociale libertaire était prévisible mais pourquoi la CNT lui a-t-elle a tourné le dos, quand elle ne l’a pas entravée ? C’est la question à laquelle tente de répondre ce troisième opus.

Les premiers volumes racontaient une histoire assez peu connue, au contraire de celui-ci qui s’attaque à une courte période (juillet 36 à septembre 37) maintes fois commentée, controversée, dont témoins et historiens ont donné des versions et des interprétations discordantes. L’auteur reprend d’ailleurs le titre de l’ouvrage de Vernon Richards, Enseignement de la Révolution espagnole paru en anglais en 1953**** , dont elle approfondit la thèse centrale – la trahison de la CNT et de ses dirigeants – qu’elle complète par son apport personnel, une réflexion autour du « travail capitaliste ».

pour lire la suite :
http://acontretemps.org/IMG/pdf/chemins_3_f._roux_.pdf

notes

* Les Giménologues, Les Fils de la Nuit, Ed. Libertalia,.2016, préface de François Godicheau, deux volumes sous coffret, Livres + CD-Rom.
** Les Giménologues, ¡A Zaragoza o al charco ! Aragon 1936-1938. Récits de protagonistes libertaires, L’Insomniaque, 2016.
*** Gonzalbo, Jordi, Itinéraires Barcelone-Perpignan, Atelier de création libertaire, 2013.
**** Puis en français chez Acratie en 1997.

Les giménologues 23 septembre 2019


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