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BONFANTI Enrico
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Nous reprenons la rédaction des biographies de chacun des anarchistes italiens dont le nom se trouve sur la liste « Libertá o Morte » du camp d’Argelès sur Mer, dressée par la police politique italienne le 8 août 1939.
Cela s’inscrit dans le cadre de notre collaboration à la base de données sur le camp de concentration d’Argelès-sur-Mer, réalisée par Grégory TUBAN, de Perpignan : http://www.memorial-argeles.eu/fr/
Toutes les notices sont le fruit d’un travail de recherche en collaboration avec Tobia Imperato de Turin et Rolf Dupuy de Paris.

La traduction et la rédaction sont réalisées par Jackie, giménologue.

Enrico BONFANTI – fils de Enrico di Vittorio et de Losi Lazzarina* – est né le 24 janvier 1901 à Varèse. Il est ouvrier peintre et cordonnier. Il fréquente l’école jusqu’à la septième élémentaire.
C’est un communiste tendance trotskiste ; en 1924 il est responsable d’une cellule du PCI. Il est arrêté à Varèse le 12 juin 1927 pour conspiration et propagande. Dans les sources de la préfecture de Varese relatives à cette affaire, il est identifié comme le « Cho ». Pour les délits de reconstitution du PC, d’association et de propagande subversive il écope de deux condamnations : la première – n°246 du 21 décembre 1927 – est suivie d’une deuxième – n°60 du 22 février 1928 – pour laquelle il est déféré au Tribunal Spécial (TS), et transféré à la prison Regina Coeli de Rome. Selon certaines sources, il s’y trouvait déjà en janvier 1928.
L’arrêt nº 57 de la Commission d’instruction du TS tombe, pour lui et 17 autres accusés, le 8 juin 1928, le condamnant à 5 ans de prison, à l’interdiction définitive d’exercer dans la fonction publique, et à 3 ans de surveillance spéciale de la Police Secrète (PS).
Le 14 juin 1932, il a intégralement purgé sa peine dans la prison de Castelfranco Emilia, ayant refusé de s’associer à la demande de grâce faite par sa mère le 17 décembre 1929, pour laquelle aussi bien la police que les carabiniers avaient exprimé un avis favorable. Mais en fin de compte, il est renvoyé à la Commission Provinciale de Varese car considéré comme « élément dangereux à l’ordre public et aux intérêts de l’État ». Le 17 juillet 1932, il est condamné au confinement pour 4 ans, et transféré le 27 août à la colonie de Ventotene. On le libère de l’assignation le 16 janvier 1933, à l’occasion du dixième anniversaire du fascisme, mais Bonfanti reste détenu encore pendant trois mois (13 décembre 1932-13 mars 1933) dans la prison de la police pour manquement aux obligations de l’assignation.

Le 16 mars 1933 la Préfecture le remet en liberté après une mise en garde, et enregistre son retour à Varèse auprès de sa mère. Soumis à une stricte surveillance de la PS, il se déplace quand même à Milan en octobre 1933, et réussit début décembre à passer clandestinement en Suisse. Là, il semble qu’il ait pris part à une manifestation de protestation devant le consulat allemand de Bâle. Il est arrêté le 8 décembre 1933 pendant dix jours, puis expulsé de Suisse.
Bonfanti est inscrit au Registre des Frontières en 1934 et dans le Bulletin des Personnes Recherchées – Supplément des Subversifs – avec photo signalétique le 26 janvier 1936. La fiche de renseignements n°86 remplace la n°784, de 1934.
Il vit clandestinement à Marseille de 1934 à août 1936. Sa présence est signalée dans plusieurs lieux à Bâle, Lausanne et Marseille précisément – selon ses déclarations recueillies lors des interrogatoires.

Le 28 août 1936, Bonfanti arrive en Espagne, au centre de recrutement d’Albacete, et il s’enrôle aussitôt dans les milices populaires : d’abord dans le Bataillon Spartacus, puis dans la centurie Gastone Sozzi**, constituée en septembre . Il participe à toutes les batailles dans lesquelles elle est impliquée, y compris les tentatives pour stopper l’avancée des troupes franquistes sur Madrid à Talavera de la Reina et à Tolède. Dans la liste des membres de cette formation (in INSMLI - Archives AICVAS, b.17 ; fasc.90), il est signalé comme anarchiste.
À la fin octobre 1936, il passe avec le reste de la centurie dans le Bataillon Garibaldi, qui deviendra fin avril 1937 la Brigade du même nom, où il sera nommé lieutenant. Il y restera jusqu’à la démobilisation des volontaires étrangers, fin septembre 1938. Il est blessé trois fois, la dernière fois sur le front de l’Èbre, en août-septembre 1938. Selon la brève fiche descriptive rédigée pour le Komintern en février 1940 par un ex-compagnon de centurie, Pietro Pavanin*** (in RGASPI - fond 545 ; op.6 ; D.490), en septembre 1938 Bonfanti s’adonnait à la propagande anticommuniste et exprimait des doutes quant à l’issue de la lutte en cours. Toujours selon Pavanin, il est arrêté quelques jours par le service d’investigation militaire (SIM) de la 45ème Division pour propagande « démoralisatrice et dévalorisation » des commandements militaires effectuée auprès des autres combattants. Dans la même note, on apprend qu’entre la fin de 1938 et le début de 1939, Bonfanti se trouve dans le centre de démobilisation de Torellò, où le 11 décembre 1938 sa présence est effectivement enregistrée parmi les combattants auxquels il manque le carnet militaire (in INSMLI - Archivio AICVAS, b.16 ; fasc.85). Il est aussi signalé qu’il a pris contact avec la CNT-FAI, et qu’après sa sortie de France en février 1939, il aurait continué à manifester son désaccord avec le PCI en écrivant dans le journal Giovine Italia de Randolfo Pacciardi**** .
Selon des sources de la Préfecture de Varese en Italie, il est déclaré tombé au cours de la bataille de Villanueva del Pardillo au cours de l’été 1937 ; mais la nouvelle est aussitôt démentie par la communication de sa sortie d’Espagne et de son internement en France, en février 1939, d’abord dans le Camp d’Argelès, où il fait partie du groupe « Libertà o Morte », puis dans celui de Gurs.

En mars 1940, Bonfanti est enrôlé dans les CTE et envoyé aux travaux forcés sur le front, à la frontière belge. Pendant l’offensive nazie, il s’enfuit vers Dunkerque, mais il est arrêté avec d’autres par la police française et jeté en prison. À l’arrivée des nazis il est extrait de la prison et contraint à nouveau au travail forcé dans le territoire occupé de la Belgique, aux alentours de Gand. Là, le 13 juin il se présente au Consulat italien local pour demander à être rapatrié. Le 18 juin, il est transféré à sa demande à Brennero, grâce à l’intervention du Consulat de Bruxelles.
À son arrivée à la frontière de Brennero, il est arrêté puis incarcéré à la prison de Varese où il attend la décision de la Commission Provinciale locale, qui l’assigne le 22 juillet 1940 pour la deuxième fois au confinement pendant cinq ans, au motif d’avoir été un « combattant antifranquiste en Espagne ». Le 14 août 1941, il est hospitalisé à l’hôpital des « incurables » de Naples pour des problèmes de pleurésie. Il en sort le 4 septembre suivant.
En août 1943, il est libéré du confinement et rentre à Varese le 20 septembre. Il participe aux activités des organisations de la Résistance locale, d’abord en tant que responsable du recrutement d’effectifs dans la Cordonnerie de Varese. Ensuite en tant que partisan dans le 1er détachement du bataillon Bartolomeo Bai, l’un des trois qui composent la 121ème Brigade Garibaldi « Walter Marcobi », active dans la région de Varese et de ses environs.
Le Comité National de Libération de Alta Italia le nomme maire de la ville de Varese, poste qu’il occupera du 25 avril au 25 mars 1946. Il démissionne à l’arrivée de Guiseppe Ossola***** , quand apparaissent des désaccords avec le PCI, et le socialiste Luigi Cova lui succède. Entre-temps, Bonfanti s’est marié en février 1946.
Il abandonne ensuite l’activité politique. Il meurt à Varese le 6 juillet 1964. Il est décoré après sa mort de la Médaille d’Or de la Valeur Militaire conférée par le Conseil régional de Lombardie aux antifascistes lombards engagés dans la guerre d’Espagne. Une ruelle de la ville de Varèse porte son nom.

Source biographique et photographique :

http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=678

Les Giménologues 11 décembre 2019

Note * : Dans les fonds de la Préfecture conservé dans INSMLI- AICVAS, b.16 ; fasc.86, sont notées différentes versions du nom de la mère : Zolli Suzzana, Zoli Lazzarina, Vanoni Caterina (noms fournis aux autorités de Bâle par Bonfanti pour brouiller les pistes), Losi Lazzarina.

Note ** : à laquelle s’agrège la Colonne Mobile Catalane Libertad du PSUC : cf. http://www.antifascistispagna.it/?page_id=772&ricerca=223

Note *** : Pietro Pavanin : délégué politique du PCI et combattant antifasciste. Il sera aussi interné au Camp d’Argelès. Il réussit à partir en URSS où il participe à la défense de Moscou. En 1946 il rentre en Italie où il poursuit son activité politique au PCI. (www.antifacistispagna.it/)

Note **** : Ce commandant de la Brigade Garibaldi était en rupture ouverte avec le PC quand il quitta l’Espagne au cours de l’été 1937 : (cf. Les fils de la nuit, 2016, pp. 478, 635 et 668, et http://www.antifascistispagna.it/?page_id=758&ricerca=2529).

Note ***** : Guiseppe Ossola : communiste qui s’enrôla dans les Brigades Internationales, et fut nommé commissaire dans la Brigade Garibaldi. Interné dans les camps de Saint-Cyprien et de Gurs, il réussit à rejoindre l’URSS où il participa à la défense de Moscou. Il retourna en Italie à la fin de la guerre où il poursuivit son activité politique au PCI. Il décéda le 5 mars 1989 à Rome. (www.antifacistispagna.it/)


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